Samedi 20 septembre 2008
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Y'avait cette fille...
Je m'en souviens. Elle portait un bandanas...
Y'avait cette fille, beaucoup plus grande que moi, et plus maigre aussi...
Y'avait cette fille, elle est venue me parler le deuxième jour...
Y'avait cette fille, tu sais, la grande à qui personne n'ose causer...
Y'avait cette fille et son caractère de chiotte qui envoyait péter les p'tits. Les p'tits comme moi...
Pourtant, elle est venue me parler, à moi, le deuxième jour. Elle m'a dit:
- Ah... T'as la télé. C'est con. Quand ils mettent la télé c'est que tu restes longtemps.
Et moi, j'avais la télé, mes cheveux, et j'allais pas rester longtemps...
Ouais...
J'avais ce qu'elle n'avait pas.
On regardait ensemble cette fenêtre comme ouverte vers l'extérieur, comme une évasion, un échappatoire à l'ennui.
Dehors, nous, on avait pas droit d'y aller.
Trop de microbes, de germes, de bacilles, de bactéries, d'infections, de parasites.
Alors on avait pas droit. Défendu, banni, exclu, prohibé, interdit.
Alors forcément, on y allait...
On s'asseyait sur un banc, celui derrière les cuisines, bien à l'abri des regards.
On ne disait pas grand chose. On restait seulement là, je ne sais même pas pourquoi. Le besoin de décider d'être là, le ras le bol du "
fait ci, fait pas ça", une envie de bol d'air....
Va savoir...
Je me rappelle que je voulais un bandanas. Je voulais être comme elle.
Ouais...
Ensuite, je me souviens, j'ai crié dans la nuit.
La lumière s'est allumée, et y'avait cette fille à côté.
Elle m'a dit :
- T'inquiète, ça repousse après.
Elle est venue avec moi dans la salle de bain.
Elle disait rien, mais je trouvais ses silences rassurants.
Elle m'a peignée.
Elle m'a donné son bandanas.
- T'inquiète, j'en ai un autre.
J'avais enfin un bandanas, j'étais comme elle.
T'inquiète...
Y'avait cette fille, et elle disait toujours "
t'inquiète".
Rien de plus...
Et moi, ça me rassurait plus que toutes les autres paroles qu'on pouvait me dire, plus que les yeux brillants qu'on braquait sur moi, encore plus que les regards qui évitaient de rencontrer le
mien.
Ouais...
Y'avait cette fille, et un jour, elle n'était plus là.
Je suis rentrée dans sa chambre, elle était partie.
J'ai pas demandé où.
J'ai pas cherché à savoir.
J'ai pas voulu savoir.
Je voulais pas.
Je préférais imaginer que ça repoussait pour elle.
Ouais...
Y'avait plus cette fille...
Je ne lui en ai pas voulu de ne pas m'avoir saluer, ni de m'avoir laissé.
Céline elle s'appelait.
C'est banal Céline, mais celle là ne l'était pas...
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